dimanche 20 février 2011

Le travail en Afrique, une histoire tumultueuse

Introduction à l’histoire du travail en Afrique

Le travail et sa définition en Afrique ont été marqués par une singulière histoire, caractérisée par une forte évolution. Dans la première moitié du XXe siècle, la question sociale en Afrique Occidentale Française (A.O.F.) est restée dominée par le régime du travail forcé[1], jusqu’à la promulgation d’un code du travail en Afrique française en 1952.

Le travail forcé différait de l'esclavage, car celui qui le pratiquait, restait libre en droit, bien qu'il puisse être réquisitionné pour effectuer des travaux. Dans la pratique, il s'agissait toutefois d'un semi esclavage qui était au centre du système d'exploitation colonial[2].
L'extrême pauvreté de certaines populations ne laissait guère de choix, ce qui a permis à ce mode de travail de développer en faisant la richesse d’entreprises coloniales bien installées. Autres éléments discriminants, les entreprises locales qui tentaient de s’installer, ne pouvaient pas faire appel à la main d’œuvre locale.

Pour mettre fin à ces multiples injustices qui ralentissaient le développement de tout le continent, des députés africains ont travaillé à la promulgation de lois pour plus d’égalité.
Sous l'impulsion des parlementaires africains siégeant à l’Assemblée Nationale Française, une série de lois et de décrets pour mettre fin à un tel régime a été votée.

Ainsi, les décrets des 22 décembre 1945 et 20 février 1946 abolirent le système des pénalités administratives dit de « l'indigénat ».
La loi n-46-645 du 11 avril 1946, rapportée par le député Félix Houphouët-Boigny, supprimait le travail forcé en stipulant la liberté du travail et l'interdiction de toute contrainte directe ou indirecte aux fins d'embauche ou de maintien sur les lieux de travail d'un individu non consentant.
Bien qu'officiellement aboli en 1946, le travail forcé continua jusqu'à l'indépendance dans certains territoires comme le Gabon et le Congo français, devenu Congo Brazzaville.

Quand l’Afrique s’organise

Afin de permettre, le développement du contient africain, les pays se sont organisés pour bâtir différentes organisations[3] :

·        Crée en 1919, l’OIT (Organisation Internationale du Travail) a la mission
promouvoir l’emploi et la justice sociale. est un autre acteur du développement local
Le Bureau régional de l’OIT pour l’Afrique se trouve à Addis-Abeba, ville, abritant aussi, l’Union africaine (UA) et la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA).

L’OIT en Afrique est chargée de planifier et de coordonner les activités du réseau des 13 bureaux de l’OIT situés en Afrique. À l’échelon régional, le Bureau travaille en étroite collaboration avec l’UA et la CEA et, par leur intermédiaire, avec les Communautés économiques régionales afin de promouvoir le travail décent en Afrique.

En association avec la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (ONU CEA),[4]le bureau international du travail a mis en route des programmes destinés à améliorer les politiques de l'emploi et à faciliter la création de petites et de micro entreprises sur le continent.

Voici les orientations pour la promotion d’un travail décent[5] :

  • Créer des emplois: l’économie doit générer des possibilités d’investir, d’entreprendre, de développer les compétences, de créer des emplois et des moyens de subsistance durables.

  • Garantir les droits au travail: obtenir la reconnaissance et le respect des droits des travailleurs. Tous les travailleurs, et en particulier les travailleurs pauvres ou défavorisés, ont besoin d’être représentés, de participer, et que des lois justes soient appliquées et servent leurs intérêts.

  • Étendre la protection sociale: promouvoir l’insertion et la productivité en garantissant à chaque homme et chaque femme des conditions de travail sures, la jouissance de temps libre et de repos, la prise en compte de la famille et des valeurs sociales, l’accès à une juste indemnisation en cas de perte ou de diminution de revenus et l’accès à des soins médicaux adaptés.

  • Promouvoir le dialogue social: La participation d'organisations d’employeurs et de travailleurs fortes et indépendantes, est vitale pour améliorer la productivité, éviter les conflits au travail et construire des sociétés solidaires.
Conçus dans le cadre de l'initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique, ces programmes ont eu pour but de garantir que les politiques macroéconomiques accordent une importance de premier plan à la création d'emplois et que le potentiel des petites entreprises dans ce domaine puisse se concrétiser.
Ces plans d'action comprennent la mise sur pied d'un cadre administratif, fiscal et juridique plus amène envers les entreprises, l'accroissement des possibilités de formation et l'amélioration de l'accès au crédit.

·        Banque africaine de développement : BAFD
Créée en 1963, à Khartoum (Soudan), à l'initiative de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, la BAFD a pour objectif de promouvoir le développement économique et social du continent par l'attribution de prêts et d'opérations d'assistance technique à tous les pays africains.
Ses actionnaires sont constitués de tous les pays africains ainsi que de pays d'Amérique, d'Asie et d'Europe.

·        Le FAD (Fonds africain de développement) complète l'action de la BAD par l'octroi de prêts à des conditions préférentielles.
Membres (juillet 2009) : 77 pays (53 pays africains et 24 pays d'Amérique, d'Asie et d'Europe)
Siège : Tunis (Tunisie)

·        Union africaine
Initiée par la Libye en 1999, cette nouvelle organisation panafricaine est entrée en vigueur le 26 mai 2001 et s'est substituée à l'OUA (Organisation de l'unité africaine) le 9 juillet 2002.
 Bâtie sur le modèle de l'Union européenne, elle est composée de plusieurs institutions (Assemblée, Commission, Cour de justice, Conseil économique et social, Conseil de paix et de sécurité, Parlement), qui entrent progressivement en activité.
Membres (juillet 2009) : 53 pays
Tous les pays africains y compris le Sahara occidental, à l'exception du Maroc
Siège : Addis Abeba (Éthiopie)

·        Ligue des États Arabes
Fondée au Caire en 1945 par sept États arabes indépendants, la LEA a intégré, avec la décolonisation, l'ensemble des pays se réclamant de la « nation arabe », de la langue arabe, et de la religion islamique.

Tous ses États membres sont par ailleurs membres de l'Organisation de la conférence islamique. Elle a pour objectif d'établir une coopération militaire, politique et économique.
Le siège a été transféré du Caire à Tunis de 1979 à 1990, du fait du boycott arabe de l'Égypte suite à la signature, en mars 1979, d'un traité de paix avec Israël.
Membres : 22 pays
Ces différentes organisations ont pu, chacun à leur niveau donner de la crédibilité à l’Afrique dans son ensemble, en créant des groupes qui pouvaient négocier ou s’opposer aux grandes puissances mondiales.
Ces groupes ont aussi pu mettre en place des programmes de développement régionaux et aussi s’influencer politiquement.

Perspectives & potentiels


L'Afrique possède la main-d'œuvre, enregistrant la croissance la plus rapide au monde avec quelque 9 millions de nouveaux demandeurs d'emplois entrant sur le marché du travail chaque année. Le chômage et le sous-emploi sont largement répandus, les activités du secteur informel représentant au moins 60% des emplois existants et pratiquement toutes les nouvelles opportunités d'emploi.

Autres chiffres, près de 70% de la main-d'œuvre africaine se concentrent dans l'agriculture, il s'agit souvent d'une agriculture de subsistance. Plus de la moitié de la population de l'Afrique, soit presque 400 millions de personnes, vit avec moins d'un dollar par jour.
Au rythme actuel de la croissance économique, l’objectif des Nations Unies de réduire de moitié la pauvreté extrême en Afrique d’ici 2015 ne sera pas atteint.

Le BIT estime cependant que le travail peut être l’instrument déclenchant l’édification d’une structure africaine du développement combinant ouverture sur le plan social et dynamisme sur le plan économique.
Autre élément inquiétant, le secteur urbain informel est en rapide expansion ; il cohabite avec un secteur agricole où travaillent plus de 70 % de la population.

Quelque 20 millions de personnes d’origine africaine sont des travailleurs migrants et, d’ici 2015, un Africain sur dix vivra et travaillera hors de son pays d’origine.

Facteur aggravant, le VIH/sida, compromet le développement en décimant la population active et en détruisant les familles.
90 % des personnes infectées sont des travailleurs âgés de 15 à 49 ans, la tranche d’âge la plus productive et la plus féconde.

L’épidémie pourrait entraîner d’ici l’an 2020 une réduction de 10 à 30 % de la main d’œuvre dans les pays les plus touchés ce qui implique par ricochet, la mise en place d’une véritable politique de santé publique.
En Ouganda, plus de la moitié des enseignants sont séropositifs. Au Malawi, la mortalité parmi les fonctionnaires a décuplé entre 1990 et 2000. Au Rwanda, le traitement des personnes infectées a absorbé ces dernières années les 2/3 des dépenses de santé publique.

Autre problème de taille, celui du travail des enfants qui, quand ils ne sont pas enrôlés de force dans les conflits, travaillent péniblement dans l’agriculture et le secteur informel.
Le travail des enfants apparaît comme un frein énorme au développement de bons nombres de pays. Les enfants sont l’avenir et la pierre angulaire du développement local. S’ils sont sacrifiés très jeunes au travail ou à la guerre, qui seront les élites de demain ?

A travers les enfants et la lutte du travail des plus jeunes, c’est la construction d’un système éducatif tout entier, qui vise à rendre la scolarisation et la formation obligatoire qui est à pérenniser, voire à construire pour certains pays. Ceci accompli, une future élite dirigeante pourra naitre et mettre en place les bases d’un développement durable et continu.

L'emploi : un enjeu global

Dans un contexte de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, les politiques pour l’emploi décent doivent être au centre des politiques.
L’emploi décent pour tous, reste le gage d’une stabilité politique, du respect des droits de l’homme, du recul de la pauvreté et du développement d’un État par le biais de la croissance.
L’enjeu est énorme, celui du développement de l’emploi et de la croissance économique en Afrique.

Le continent africain ne progressera que si elle arrive à être en paix dans son ensemble, si elle est en capacité de former de nouvelles élites et enfin si elle met en place des véritables politiques pour l’emploi décent, associé à des campagnes pour la promotion de l’égalité homme femme.
Le développement ne peut se faire que dans le cadre d’une volonté politique globale, portée par des hommes et des femmes d’État.
Ce sont les États qui définissent les cadres stratégiques du développement, en déterminant le cadre politique et économique.
Aujourd’hui en Afrique, bons nombres de projets (routes, édifices religieux, bâtiments administratifs...) sont concrétisés par la volonté confirmée des chefs d’État.

La mise en place d’un système permettant la création d’initiatives privées semble être une voie à suivre, par l’intermédiaire du développement d’une véritable économie de marché à grande échelle (création d’entreprise de grande ou de moyenne taille, de micro entreprises).
Tout cela ne peut se faire que dans le cadre d’une réflexion globale qui associera tous les rouages de l’État (économique, administratif, sanitaire, judiciaire….).

A l’heure actuelle, les entreprises privées extérieures, sous l’impulsion de l’OCDE, investissent beaucoup et de manière directe dans le tissu local par l’intermédiaire de l’IDE (Investissements Directs Étrangers).
Ces investissements massifs contribuent à développer un pays, mais doivent être encadrés par la présence de l’État, pour ne pas être la seule source de développement.
Les États doivent aussi investir à destination des initiatives privées locales et permettre les crédits en tout genre.
Le but à atteindre étant la diversification des canaux d’investissements et de gagner en autonomie.
La seule création d’emplois ne suffit pas. Il faut aussi placer l’emploi au centre des politiques économiques et sociales, s’efforcer d’obtenir une économie mondiale plus ouverte, en instaurant un système de croissance plus équitable qui n’exclut personne, et promouvoir la responsabilisation en cédant aux pays, le pouvoir de décision et l’autonomie.
Les situations de conflits à répétition, de misères multiples et de corruptions ne doivent pas être une fatalité pour un continent aux multiples facettes.
L'Afrique dans son ensemble apparaît comme un continent riche (ressources minières et humaines) convoitée par les américains, français et chinois. Il est un continent vierge aux multiples perspectives, facettes encore insoupçonnées.
Le potentiel est énorme, les volontés présentes.


Ama


[1] Babacar Fall, « Le travail forcé en Afrique occidentale française (1900-1946) », Civilisations
[2] Perspective Monde, Nov. 2010
[3] Source : « la documentation française »
[4] Conférence de BIT, décembre 1999
[5] Programme et orientation officielle de l’OIT

1 commentaire:

  1. Bonne chance à AMA et surtout aux initiatives citoyennes
    Hafidh

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